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16/01/2006
Je ne me suis pas éteinte
Rendez vous dans notre café oriental. On ne s’était plus vu depuis longtemps, histoire de digérer ce que l’on me reprochait. A nouveau ceux sont des tintements de cuillères et ce silence assourdissant qui font office de musique d’ambiance. Je n’y étais jamais allée le matin uniquement le soir. La lumière renvoie la décrépitude des lieux et lui me paraît vieux et fatigué comme l’endroit. Du pouce je gratte une fissure. Je l’entends me parler de sa vie, de son travail et de ses amours. J’ai arrêté de l’écouter. Son monologue est toujours le même. De temps en temps il suffit de lui sourire pour le voir ré - embrayer son crachin. Ça lui fait plaisir et moi je gagne en conviction de n’être qu’une infâme garce.
Par moment je regarde ailleurs et je repense à cette semaine qui s’est écoulée. Elle n’était pas simple entre les lendemains de fêtes et les préparations des dossiers à présenter. Rien n’était simple. Je revois ce pistolet sur cette tempe. Cette fille et son regard, sa main crispée et ses larmes. Je me souviens lui avoir dit que si elle appuyait sur la détente c’est moi qu’elle tuait. Après il y a eu ce débit de paroles, ces gestes se voulant rassurants. Il n’y a eu aucune peur sauf celle d’avoir un blanc dans la conversation. Il ne fallait pas lâcher prise. Il y a eu ces gens derrière la porte qui ont pris le relais. Un homme lui parlait et elle me regardait mais je ne disais plus rien. Je cachais mes mains sous la table : elles tremblaient. Je ne voulais pas montrer que j’avais peur. Il est entré et ce qui m’a le plus frappé c’est qu’il portait des baskets. Pourquoi ce détail je ne sais pas. Elle lui a remis son arme aussi simplement qu’il était sorti de son sac. Je suis restée assise : je ne pouvais pas me lever et mes mains tremblaient toujours. Curieusement tout le temps où elle avait son pistolet sur sa tempe j’avais cette impression que c’est moi qu’elle visait. J’ai seulement demandé qu’on ne la menotte pas. Elle est partie et mes mains continuaient de bouger toutes seules. Je me suis remise au travail.
Ce matin j’étais convoquée chez la psy pour en parler. Les mots me manquaient et les larmes me sont venues. J’ai tenu 5 jours. Elle m’a libéré et c’est le café oriental qui m’a emprisonné l’espace d’une heure. Je lui en ai parlé. Il n’a rien dit à part un « ça arrive ». Il m’a appelé la petite fée. Sourire… Je lis donc mon éducation.
Hier soir j’avais cette envie d’écrire et je ne trouvais pas le temps, pas le moment adéquate, trop de choses en tête… Une petite phrase bénigne parmi tant d’autres. Je ne me suis pas attardée : la garder pour soi et l’oublier. Elle reviendra un jour.
Ce soir ? Jean Louis Aubert me demande où je me cache. Une photo en guise de rappel où je suis née avec une cuillère en or dans la bouche et des bonbons acidulés dans la main. Les mêmes que ceux qui composent ma vie.
Je suis sûrement baie des anges.23:54 Publié dans Moments de vie... | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note




Commentaires
Ou est passé notre veilleuse ?
Un bog ?
La page blanche de l'ecrivain ?
Une remise en question ?
Le boulot ? J'y crois pas trop.
Eve, j'espère que tout va bien, sinon, dis le.
Ecrit par : Richard | 25/01/2006
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